ANTOINE LEONPAUL



Chanteur, à une époque, c’était s’appeler Michel (Berger, Delpech, Polnareff). Puis, ce fut Mathieu (Boogaerts, Chedid, Sinclair). On attendait la vague des Antoine. Elle est arrivée (ou revenue), comme un SMS, sous le sigle ALP. Antoine Léon Paul, trois prénoms pour le prix d’un, et un chanteur chahutant sans chuchoter l’univers de la pop à la française tel qu’il s’entrouvre depuis la vogue des Alain (Chamfort, Souchon) : un grain délicat sur une écriture à l’os ; le goût retrouvé des mélodies sur un traitement doucement vintage de batteries élastiques, de basses arrondies, de claviers analogiques, de choeurs et de voix doublées sur des arpèges de guitare gimmicks.

Il y a onze titres dans le premier album d’Antoine Léonpaul. Pour les paresseux du single, les premiers hits se trouvent en plages 2 et 3 (Un Autre Homme, Ô Claire). « Ce disque, c’est comme un best-of, résume l’intéressé. J’ai livré trente-cinq titres à ma maison de disques, qui a choisi. » Antoine Léonpaul parle comme une dépêche AFP, vite.

Pour les chansons, en revanche, il s’économise. Chaque mot est pesé, passé au tamis, priorité au son. La forme, c’est du fond qui remonte à la surface ?

Antoine Léonpaul, héritier du nouvel homme fragile, mordant ironique et brise nostalgique, parle de sujets graves (les petites trahisons du quotidien) sans avoir l’air d’y toucher. Sous ces dents de lait, le coeur des filles craque comme un crackeur. Chanteur est un métier ingrat… « Une chanson finie il  faut passer à la suivante. Une chanson, c’est chaque fois repartir de zéro », confirme Antoine.

Son père est comédien. Lui a fait chanteur. Antoine est né à Annecy. C’est un chanteur français qui ne chante pas en anglais. Ça se fait rare…

Dans son studio, une sous-pente rue Étienne-Marcel, il a des disques de Nino Ferrer (Métronomie) et de Julien Clerc (N° 7), des Beatles et de Christophe, classés comme des vignettes Panini. Au centre de ses claviers vintage et de ses guitares, il s’attèle déjà à son prochain disque, entre deux projets de films avec son ami Michel Muller.

Antoine Léonpaul est nostalgique des enregistrements de Bernard Estardy, un grand ours dont le studio s’ouvrait rue Championnet directement du trottoir à la console. Faute de Bernard Estardy, Antoine Léonpaul a couché avec Fred Jaillard dans un home studio de la rue d’Enghien les chansons de son disque, deux multi-instrumentistes au fer à souder. « Depuis quelques années, le niveau est revenu dans les productions françaises. » Des mots courts, des mots contextes, des mots jetés au réveil de la trentaine où affleure une légère mélancolie, comme un surgissement, un éblouissement, un coup de cric du temps : « Dans ma fidèle Renault 20, je pleure comme un gamin. »

Chanteur, résolument.